Global Sushi
Publié par Steph le Lundi 1. février 2010
A force de le manger au carré ou sur des boulettes de riz, on en finit par oublier d’où il vient. Pourtant, la consommation débridée de poissons est en train de vider les océans à tel point que, suivant certaines études, nos enfants mangeront bientôt des méduses…
Construit comme un témoignage à charge contre la surpêche et le gâchis, "Global sushi", un documentaire de Capa diffusé lundi sur Canal Plus, suit l’itinéraire de cette gourmandise mondialisée pour illustrer son propos et remonter la filière, depuis la table des restaurants jusqu’au fond des mers.
"La vraie découverte, c’est l’ampleur du phénomène: on parle de quelques espèces, comme le thon ou le requin. Mais c’est l’ensemble du système qui est voué au court-terme", estime le réalisateur Jean-Pierre Canet.
Pour Philippe Cury, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le nombre de bateaux de pêche est deux à trois fois supérieur aux capacités de reconstitution de la ressource.
A ce rythme, la totalité des espèces commerciales aura disparu en 2050.
80% de la pêche mondiale passe par le Japon: au grand marché de Tokyo s’échangent chaque jour 2.000 tonnes de poissons dont 50 t de thon rouge de Méditerranée, condamné à l’extinction sans réaction rapide.
Passé des filets européens – France, Italie, Espagne en tête -, parfois déguisés sous pavillon libyen, aux fermes d’engraissement au large de Malte, le thon rouge, victime de l’engouement mondial, risque de subir le sort que connut la morue de Terre-Neuve il y a vingt ans: épuisé par la surpêche, le stock n’a pas réussi à se reconstituer malgré un moratoire en vigueur depuis 1992.
En bout de chaîne, six multinationales japonaises se partagent le magot et stockent dans d’immenses coffres-forts, à -60°C, 55.000 t de thon rouge qui leur permettent de jouer sur les cours mondiaux. A elle seule, la firme Mitsubishi en détient 60%.
Mais les caméras s’attardent aussi à bord des chalutiers de grands fonds, qui raclent le plancher des mers et remontent dans chaque filet 40 tonnes de prises dans leurs mailles, dont les deux-tiers, inexploitables – "les prises accessoires" – repartent à l’eau.
Courageux capitaine, Xavier Léautet, aujourd’hui promoteur de la pêche durable, à la manoeuvre au large de l’Ecosse, témoigne, face à la caméra, des mille combines pour contourner les quotas autorisés et défier les autorités: "Il y a dix ans tout le monde s’en foutait. En deux, trois ans, on ratissait complètement une région".
Jean-Pierre Canet tient à lui rendre hommage: "Il est le seul à avoir accepté de briser l’omerta de la pêcherie industrielle".
Pendant ce temps, le massacre continue: au large des côtes africaines, où les pêcheurs traditionnels, devenus incapables de trouver du mérou depuis leurs pirogues, s’embarquent comme esclaves à bord des navires-usines chinois.
Dans les îles Chiloe, dans les eaux chiliennes, l’élevage industriel intensif du saumon, loin de ménager la nature, l’étouffe et la pollue. L’excès a conduit à fermer tous les élevages – et les emplois qui en dépendaient.
Pour illustrer cette perte du lien entre les humains et la nature, entre le poisson et le sushi, "Fish Rocker", un poissonnier-punk d’une banlieue de Tokyo, taille sur scène un thon rouge et distribue les morceaux à la foule. Pour lui rappeler que c’est bien la nature qui nourrit l’homme. Tant qu’elle peut le faire…

Lundi 1. février 2010 à 17:43
Quelle Tristesse! Tout cela pour frimer en plus! ça classe de se baffrer de sushis! c’est comme les représentations de bouddha, y en a partout, mais jamais l’humanité n’a été autant inculte et hermétique à la pensée:-(
De toutes les façons, j’aime pas les sushis! Je les préfère en matière première..dans leur globalité:-) Quand certaisn d’entre eux chantent encore et dansent:-) Et que d’autres font luire leurs écailles dans le soleil et les flots:-)Bon, allez, on va encore me taxer de mauvais esprit vilain et pas souriant:-DDD
bises
Emma
Lundi 1. février 2010 à 20:37
J’aimais bien les Sushis mais après avoir vu et lu, je vais limiter ma consommation…
Ce qui nuit à ce mets, pas si mauvais en soi, c’est la surexploitation, il y a 10-15 ans, c’était vraiment un plat hors du commun. Maintenant, tu en trouves partout jusque dans les night shop. C’est un peu comme le saumon fumé, un plat d’exception il y a 20 ans et à présent devenu la « saucisse » de la mer à 2€ le kg et produit de façon super industrielle.
Kisu
Steph
Lundi 1. février 2010 à 21:05
« Soylent Green » (aka « Soleil Vert » en français).
Il y a certaines vérités sur l’humain qui ne sont pas bonnes à entendre… Et que la grande majorité des gens n’ont pas envie d’entendre…
Le Japon est une grande civilisation, mais même si elle nous a donné des perles, il faut également ne pas s’aveugler sur ses noirceurs.
Cela est également, d’autant plus vrai pour la Chine, l’Inde et l’Europe… En fait… Les seuls à se faire continuellement botter les fesses c’est le continent africain…
Une légère digression – mais à peine – deux livres qui peuvent être intéressants : « Collapse » et « Guns, Germs and Steel » par Jared Diamond. Un vieil adage dit « Les clefs du Futur sont dans le Passé et dans ce qu’il en est fait au Présent ! « .
Quand tu as un aperçu de ce que les géants agro-alimentaire américians et japonais essaient de nous imposer sur le Marché Européen, c’est à faire peur et cela donne envie de vomir. Quand j’ai vu qu’on pouvait trouver du boeuf américain dnas les supermarchés maintenant, je n’ai pas un m’empêcher de demander au vendeur en boucherie s’il savait seulement ce qu’il vendait. Non, il ne savait pas…
L’humain n’a plus aucun respect pour sa nourriture, donc pour lui-même, car il ne sait, pour 99.99% de la population « développée », d’où vient ce qu’il a dans son assiette.
« Tu es ce que tu manges, tu manges ce que tu es… »
Mardi 2. février 2010 à 0:37
« Soleil vert »
On va finir par y arriver!
Au risque de radoter sur ce blog, sorry Steph
parfois (souvent en fait) je me dis que nous ne méritons pas de survivre.
Cette planète est si belle et la vie, sous toutes ses formes, un tel miracle!
Comment pouvons nous être si inconscients…
Bizzz
Mardi 2. février 2010 à 8:53
Hello Laurylan,
Merci pour toutes tes bonnes références. Eh oui, on pourrait aussi parler de Monsanto, du Boeuf Américain, Argentin, etc.
mais je dois garder des sujets ;o) et ce n’est pas ca qui manque.
A bientôt
Mardi 2. février 2010 à 8:57
Coucou Montaine,
Tu ne radotes pas du tout et c’est toujours un plaisir de lire tes commentaires
Quant à l’inconscience, justement le but est de développer… la conscience, un peu comme dans les Budo.
« Ishiki » comme l’explique très bien Léo…
Bizzz
Mardi 2. février 2010 à 13:41
oui oui oui…Maitre Tamura aussi en parle…Avec cette humilité pleinement vécue et qui te rend meilleur, et pas qu’en tant que budoka…
Bisous
Emma
Mardi 2. février 2010 à 13:51
Oui, tu as raison, Sensei en parle aussi, je citais Léo car son dernier stage en Belgique portait, entre autres, sur ce beau sujet.
L’humilité rend meilleur, c’est certain…
Bizzz
Mardi 2. février 2010 à 22:43
Au fait, concernant les livres dont j’ai donné les références, ils sont également disponibles en français.
Pour ce qui est de la « bouffe », pas besoin d’aller aussi loin… Parlons simplement « élevage de porcs » ou « poulets en batterie », etc. Et qu’on ne me dise pas que ces systèmes d’élevages sont sans effets sur la viande qu’on nous propose à la consommation…
Mercredi 3. février 2010 à 9:07
Quand j’écrivais qu’il restait des sujets…
Belle journée