Prenez une bouteille vide, plongez la dans l’eau, elle fait « glou glou »
Prenez une bouteille pleine, plongez la dans l’eau, elle se tait
Ainsi en est-il des humains. Méfions-nous du bavard qui ne cesse de tout expliquer à tout le monde. Son attitude trahit souvent un vide intérieur. Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas disait Lao Tseu…
De cet aphorisme, voici une petite réflexion relative à certains « langages » utilisés sur les tatamis, bien sûr, il y en a d’autres donc ce sera peut-être un post à épisodes…

Parler ou ne pas parler, telle est la question que l’on pourrait se poser lorsque l’on foule un tatami, il est certain qu’en tant qu’élève, il ne faut pas trop agiter son appendice lingual mais plutôt se concentrer sur le travail proposé, et ici, je parle bien de « proposé » car nous devrions toujours suivre les explications de l’enseignant présent, ce même si ce n’est pas notre façon coutumière de faire. J’observe souvent des personnes présentes lors des stages qui ne suivent pas vraiment la forme présentée, ils la regardent mais ne la voient pas; passé le salut envers un uke, ils appliquent exactement ce qu’ils font dans leurs dojos respectifs. Bon, si cela leur convient, pourquoi pas ??, nous sommes en démocratie. Mais là, ou le bât blesse, c’est lorsque ils essayent d’influencer la personne (qui comme par hasard est débutante ou moins avancée) avec laquelle ils travaillent et de la saouler de paroles pensant être touché par l’esprit d’O Senseï. Cette attitude me paraît incorrecte à plus d’un titre, elle fait preuve d’irrespect envers l’enseignant et relève d’un grand manque d’ouverture même si on affirme être intéressé par les formes présentées. Un langage de dénigrement en somme…
Ils en oublient le précepte édicté en son temps par Maître Ueshiba lui-même :
« Ne corrigez pas un partenaire si vous n’avez pas atteint le niveau Yudansha (ceinture noire), vous pouvez le guider dans la technique mais en aucun cas le corriger.. »

Une histoire m’a été racontée, cela s’est passé lors d’un stage organisé au Sakura, une jeune élève travaillait avec un « ancien » qui n’arrêtait pas de lui dire que ce qu’elle faisait n’était « pas bon » et du « qui lui avait montré cela ? ». Excédée la demoiselle ayant du caractère finit par lui dire que c’était son professeur qui lui avait enseigné cette manière et que si cela ne lui plaisait pas, il pouvait lui demander conseil car…il se trouvait juste derrière lui étant…le maître du stage…l’histoire n’a pas lu les pensées de l’ « ancien », victime de son égo et de cette fable proche de la grenouille qui voulait devenir aussi grosse que le bœuf…
Un autre animal des tatamis est celui dénigrant son partenaire par des paroles assassines du genre « tu n’as pas fait beaucoup de progrès depuis…, pas passé de ceintures ? », lui a plutôt rétrograder pour tenir de pareils propos, un vrai retour vers le jurassique ! Langage préhistorique que voilà !
Il est possible également de parler sans…parler, en bloquant systématiquement le moins avancé …faisant passer un signal bien détestable, celui dans lequel on pense dominer l’échange…, là on n’a pas compris grand-chose à l’Aïkido qui reste un art d’étude, d’harmonie et de relation avec une personne, un être humain et on ferait mieux de se mettre à la pétanque ;o)
Ces gens se trouvent bien dépourvus lorsque qu’un plus expérimenté est leur tori, là le blocage n’est plus de mise car, à ce moment, comme par enchantement le courage ne les étouffe plus trop.

Heureusement, le fait de travailler en silence nous permet parfois de faire passer un message à notre partenaire, rien que par exemple par une saisie souple sans serrer, ni brusquer qui pourrait signifier « content de travailler avec toi », avez-vous déjà eu cette sensation ?
Langage de discrétion…
Sur le chemin de notre art ainsi que dans la vie de tous les jours, nous ne manquons pas de rencontrer des personnes qui attirent notre attention par des procédés divers : par l’excès de parole, le comportement ou l’apparence physique. Mais il nous arrive aussi de passer à côté de personnes de grande qualité que nous ne voyons pas du fait de leur discrétion. Restons vigilants et sachons regarder au delà des apparences.
«Au delà du visible se cache l’invisible…»     

4 thoughts on “Langages du tatami

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  2. bonjour !

    je pensais déjà tout ça avant de commencer l’aikido.
    à quoi cela sert-il de se déplacer pour assister à l’enseignement de quelqu’un, si c’est pour faire parfois l’opposé même de ce qu’on nous demande ? juste par peur de sortir de sa zone de confort ? par égo ? par manque de recul évident ? par irrespect total parfois !

    mon enseignant de jujutsu, M. Baeckeroot à dunkerque, très haut gradé de judo, disait toujours qu’on écoutait celui qui enseignait. même si c’était juste pour l’échauffement. on devait se taire et reproduire ce qu’on nous proposait.

    si cela ne convient pas, ou pose de interrogations, libre à nous de poser des questions au moment opportun. c’est une preuve de respect, et de savoir vivre. il faut se mettre à la place de celui qui enseigne et qui voit ceux qui ne font délibérément pas l’exercice, et qui sautent dans leurs habitudes qui fonctionnent, mais qui ne sont pas ce qu’on nous demande…

    bref, intéressant petit article, assez réconfortant de me rendre compte que je ne suis pas seul à regretter des tels attitudes (et ce quels que soient les grades ! ) malgré mon petit premier kyu.

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