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Le dojo vivant

Le dojo vivant

La chute, l’un des gestes que nous accomplissons le plus dans notre discipline.
Qu’elle soit spectaculaire ou millimétrée ou encore pour recevoir une technique d’immobilisation, nous passons un grand moment de la pratique à aller au sol mais aussi (et heureusement)…à nous relever.

La chute ici rejoint évidemment un aspect physique puisque nous pouvons ressentir cette arrivée au sol. Sugano Sensei expliquait que dans les temps anciens où le combat consistait à…combattre et à tuer, la chute signifiait…la mort, un guerrier étant coupé ou touché et de ce fait allait au sol pour ne plus se relever.
O Sensei changea cette idée par la création de son art, le pratiquant chute car il est en vie.
La chute n’est pas conçue pour mourir mais pour vivre.

Sept fois à terre, huit fois debout

Proverbe japonais cité par Tamura Sensei

Cependant, nous pouvons également la voir de façon allégorique c’est à dire dans la vie du dojo et même de l’Aïkido en général.
Il y a une chute qui me semble importante dans notre petit univers. Les statistiques ne mentent pas. Les dojos se vident les uns après les autres, les stages ne déplacent plus trop les foules, peut-être que je me trompe finalement mais c’est un ressenti qui est souvent partagé avec mes collègues enseignants.
Que faire pour inverser la tendance? Difficile…
Je ne pense pas que les choses vont s’arranger au vu du futur des grands groupes.
On peut tenter d’aller vers une forme plus « combative » ou plus « athlétique » ou encore « énergétique », chacun fera ses propres choix.
Et cette saison me fait bien réfléchir à cela car elle fut le théâtre de départs importants, d’élèves amis de parfois longue date, pour aller vers une autre voie, une autre façon de voir.

C’est un peu la chute du dojo pour paraphraser ce qui précède.
Un coup de massue avec lequel il faut continuer en tant qu’enseignant car on se pose des questions. D’autant que cela a créé de la redondance affectant d’autres élèves.
Es tu un bon enseignant, une bonne personne, as-tu fait ce qu’il fallait ou as-tu fait ce qu’il ne fallait pas? Pourquoi part-on d’un dojo comme cela sans crier gare? Pourquoi, pourquoi? Beaucoup de pourquoi…

Après réflexions, j’ai compris les raisons même si la manière manquait grandement.
Tout finit par se dissiper et comme disait Tamura Sensei « toujours remercier » car cela m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses. De tout cet investissement au cours de quasi toute une existence qui commence à se retrécir, des jeunes que l’on a pas vu grandir aux relations manquées ou évaporées par des rêves pouvant apparaître comme chimériques. L’Aïkido était un peu comme la famille.
Oui, on peut voir le dojo comme cela, certains partent, d’autres arrivent, ceux qui restent doivent composer avec cet état et ce n’est pas chose facile.

La vie c’est ce qui nous anime, c’est ce qui fait la différence entre un corps mort et un corps vivant : le corps peut être dans le même état, il manque quelque chose…la vie

Itsuo Tsuda

Le dojo est vivant, il a ses humeurs, ses maladies, ses heures de gloire et ses moments de défaite. Dans mon idée, c’est le vivant quelque part.
Aujourd’hui, j’arrive à une croisée des chemins et ces situations je les sentais arriver car on ne peut lutter contre le destin. Je suis attentif aux signes et ils ont été nombreux les derniers temps.
Le chemin continue même si nous ne savons quelle direction il prendra.
Finalement, ce n’était pas LA chute du dojo mais une des chutes dans la petite existence d’un dojo.
La vie continue…

Kanji mis en avant : « Sei » par Valérie Hansen





Une réponse

  1. Cher Stéphane,
    De mon modeste Dojo Torikago à Louvain-La-Neuve, j’ai vu partir récemment, et au même moment, deux de mes plus fidèles poulains, sans trop de manières. Deux qui animaient la flamme du Dojo. « Boah, les katas, c’est plus trop mon truc »…Mais…Et moi qui croyais que…Juste après, cet été je me suis gravement blessé le genou, puis il y a peu, le dos. Ici, on maltraite mes tatamis. Là, un autre club de Ju Jutsu vient ouvrir dans la même salle que moi, et le reponsable ne vient pas même se présenter ou dire bonjour. Que se passe-t-il ? Chutes. Epreuves. Questions. Ne serait-il pas temps de raccrocher ?
    Et allez savoir pourquoi, m’est venue l’envie de réaliser une calligraphie des idéogrammes BU, DO et JU pour placer au Kamiza dans notre Dojo. Il me fallait de l’aide. C’est chez toi que je l’ai trouvée.
    J’ai vu en travaillant à ton stage « Le sabre et le pinceau », que je n’étais pas seul dans ma petite pensée Budo, et que oui, nous perdons des élèves, même anciens, mais nous sommes, là, nous, et pas qu’un peu, tiens ! On tient bon ! Agatsu !
    Courage à tous.
    Stéphane Piret

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