Maître Nocquet et le regard qui tue

Maître Nocquet et le regard qui tue

Il y a quelques jours, j’ai eu une discussion téléphonique avec mon ami (un vrai ami) Robert, ces discussions durent toujours un temps interminable car, veritable gardien de la tradition Aïkido, il connaît moults anciennes anecdotes sur les Maîtres d’antan.
Pour la petite histoire, c’est avec lui que nous avons envisager un temps de commercialiser des canettes du dernier souffle d’O Sensei car nous avions découvert qu’ils étaient des centaines à avoir recueilli son dernier soupir (du moins à le penser) mais ca ne s’est pas fait….
Donc, nous voilà à deviser d’un Maître dont on ne parle plus beaucoup : André Nocquet, pionnier européen de notre art.

 andrenocquet

André Nocquet est né en 1914, à Prahecq dans les Deux-Sèvres. Il a pratiqué le Ju-Jitsu dès l’âge de seize ans. En 1937, il rencontre le Maître Kawaishi, fondateur du Judo français, et obtient sa ceinture noire de Judo et de Self-Défense. Enfin, en 1949 il commence l’Aikido, sous la direction de Maître Minoru Mochizuki, puis de Maître Tadashi Abe. En 1955, il est invité au Japon en tant qu’élève à domicile (uchi-deshi) de O Sensei Ueshiba. Il revient en France en 1958, après avoir été certifié Maître d’Aikido par l’Aikido Hombu Dojo. En 1962, Maître Ueshiba lui confère le titre de représentant général de l’Aikikai en France. Décédé à l’âge de 85 ans en mars 1999, Maître André Noquet (8ième Dan) fut le serviteur d’un idéal d’universalité.
Pour l’anecdote, Robert m’a dit avoir encore une lettre de 47 pages (…) de sa plume.
Je me suis souvenu alors d’avoir lu un article sur le "regard qui tue" propre aux Maîtres ABE et NOCQUET. Je livre ces deux chroniques savoureuses à vos yeux:
Maître Nocquet dans le métro
On pouvait déjà s’estimer heureux d’arriver sain et sauf à la station Père Lachaise.
Mais on n’était pas tiré d’affaire pour autant. Il restait avant de sortir du métro un immense couloir rectiligne, qui était quasiment toujours désert à l’heure où Maître Nocquet rentrait chez lui. Le lieu idéal pour un guet-apens nous disait le Maître. Celui-ci s’engagea donc un soir dans ce couloir, avec son sac d’aïkido à la main. C’est à ce moment qu’il voit arriver en face de lui deux lascars, qui se mettent en travers de son chemin pour lui barrer le passage. Maître Nocquet, très calmement lâche alors son sac qui tombe à ses pieds, relâche ses épaules, place sa force dans le ventre, et puis, fixant ses agresseurs droit dans les yeux, leur décoche le regard qui tue hérité de maître Tadashi Abe.  Un des garçons s’adresse alors à lui, et lui demande : « Euh… pardon monsieur, vous n’auriez pas l’heure, s’il vous plaît ? » Maître Nocquet, d’un ample geste théâtral dont il avait le secret, vient mettre son poignet à la hauteur de ses yeux, regarde sa montre, et d’une voix grave et profonde leur annonce : « Il est l’heure d’aller dormir… »
Ce que nos gaillards se sont empressés d’aller faire. Le Maître reprit alors son sac et continua son chemin un sourire au coin des lèvres…

 tadashi-abe

Le regard du redoutable Maître
Maître Tadashi Abe était de petite taille et avait un tempérament assez bagarreur, et c’est un euphémisme de parler ainsi…Il aimait aller le samedi soir dans les bars et tester l’efficacité de son aïkido… Tadashi Abe demandait souvent à Maître Nocquet de l’accompagner dans ces sorties, et Maître Nocquet n’avait guère d’autre choix que d’accepter. Ce qui lui valut de se faire une petite collection d’anecdotes assez cocasses. Maître Tadashi Abe avait entre autres une capacité à mettre, quand il le désirait, une puissance dans son regard qui terrorisait celui qui osait le soutenir. Maître Tadashi Abe l’utilisait mais pas pour rire… Il avait en particulier une manière de s’adresser aux personnes avec lesquelles il avait un conflit. Il s’immobilisait, fixait son protagoniste droit dans les yeux, décochant ce regard foudroyant, et d’une voix lente et sombre disait dans un mauvais Français : « Toi et moi aller tous les deux dans Bois de Vincennes. Et un seul sortira du bois. »
Personne n’a jamais voulu y aller…

 

5 Comments
  • Montaine
    Posted at 21:42h, 22 janvier

    : D
    j’adore ces deux anecdotes!
    et le coup de canettes du dernier soupir d’O Senseï, excellent!
    Merci Steph pour ce petit moment de rire en fin de journée 😉

    Bizzz

    Montaine

  • Steph
    Posted at 23:13h, 22 janvier

    Hello Montaine,
    J’aime bcp aussi. Avec mon pote Robert, on a déjà eu qqes idées saugrenues ;o)
    Merci de ta bonne humeur…
    Bizzz

  • ivan
    Posted at 14:35h, 26 janvier

    Salut Stéphane,

    Y’avait longtemps que je n’étais pas venu sur ton blog aussi je me rattrape de toutes mes lectures. Celle-ci est excellente, je rigole encore, mais face à Abe, je ne serais pas allé dans le bois non plus.
    Bon sinon, on travaille comment le regard qui tue ?
    « toi et moi, dans les yeux la prochaine fois, ok ? »… 😉

  • Steph
    Posted at 16:36h, 26 janvier

    Hello Ivan,
    Oui, un personnage Abe Sensei, j’ai discuté avec qqes personnes l’ayant cotoié, ce n’était pas un tendre.
    Pour le regard qui tue, je ne sais pas trop comment faire mais on peut s’entraîner et…c’est dangereux d’affronter un expert tel que toi 🙂
    A bientôt
    Stéphane

  • Sakura Dojo » Archives du blog » Nocquet Vidéo
    Posted at 20:27h, 10 février

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