J'ai lu il y peu un excellent article de Marie Apostoloff traitant de la "taille" dans les Budos (Marie est une élève de Léo Tamaki). Ce petit texte m'a bien fait réfléchir. Il fut une époque ou JE PENSAIS que la pratique devait être "forte" et si on n'était pas bon "technicien", tant pis, les biceps, la taille et le poids compensaient ce manque. Oui, j'ai longtemps cru à cette fable…jusqu'à certaines rencontres.

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Là, je dois devenir petit, çà ne marche pas trop malgré l'aide apportée…

Depuis, j'essaye de ne plus utiliser la force (difficile :-)), lorsque me l'on me saisit en "mode broyeur", je suis mal à l'aise car déconnecté du mouvement et je n'ai plus beaucoup de plaisir à travailler comme çà (sauf pour rire, bien sûr!). J'ai le même ressentiment lorsque en temps qu'uke, je suis amené à "serrer", "tenir" ou "frapper", j'ai un petit mal-être.
Lorsqu'un élève ou un "étranger au tatami" me dit "waww, il est fort celui-là ou celle-là", je lui réponds que tout cela n'est que temporaire et même qu'illusion.
Suis-je en train de changer?
Une chose est sûre, je ne serai jamais petit…

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Hino Sensei

Voici quelques paroles d'Hino Sensei publiées en réponse à l'article de Marie, je pense qu'elles doivent être traduites d'un des nombreux entretiens que Sensei a donné de par le monde :
Lors de mes recherches sur le bujutsu, j'ai fait ce constat amusant : la plupart de ceux qui ont atteint la maîtrise du "waza" sont des petits gabarits. Si l’on reste dans le domaine de l'aïkidō, Takéda Sōkaku, Uéshiba Morihei, Shioda Gōzō mesurent tous à peu près 150 cm. […]

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Petit mais très efficace

Bien entendu, des personnes de grande taille peuvent aussi avoir atteint la maîtrise du "waza". Le fait même d'être petit constitue donc un désavantage certain. Comment se fait-il alors que ce soient les « petits gabarits » qui deviennent des tatsujin ? […] N’ayant pas le physique à leur avantage, les « petits » doivent redoubler d’attention à chacun de leur geste. On sait que combattre (qui plus est un adversaire doué) implique que l’on peut perdre la vie au moindre faux mouvement. […]

Ainsi, par leur nature même […] les personnes qui ont un petit gabarit ont une conscience aiguë de cette réalité. Alors elles doivent faire beaucoup plus que les autres.

Elles sont obligée de dépasser cette étape obligatoire que tous les petits doivent dépasser s'ils veulent être forts : à savoir, chercher, faire preuve d’ingéniosité pour trouver des solutions concrètes qui permettront de surmonter leur désavantage physique.

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Petit mais très costaud

Les personnes nées avec un avantage physique, elles, n’en ont pas besoin. En effet, elles sont fortes d’emblée. Que ce soit en bagarre, en sumō, en bujutsu, il leur faut juste trouver le moyen de faire vivre leur avantage naturelle. C’est évident dans la façon dont les rikichi remportent leurs victoires. Ceux qui ont la corpulence avec eux gagnent très souvent par oshidashi ou yorigiri ce qui n’est pas le cas de ceux qui sont plus petits : leur physique ne leur permet tout simplement pas de s’imposer de cette manière. Pour dépasser leur destin, les petits doivent redoubler d’ingéniosité. Voilà la condition absolument nécessaire de toutes les personnes de petit gabarit.

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Petit mais très magique

Ce qui revient à dire que s'il n’y a ni règles, ni catégories de poids, la probabilité est plus grande que ce soit un « petit gabarit » qui développe la maîtrise du waza. […] Le désavantage physique implique une recherche approfondie de son propre corps, de son rapport avec l’autre etc. […]

À ce stade, on ne peut ne pas introduire une donnée fondamentale ; à savoir, la raison même qui pousse ces personnes à élaborer des solutions inventives à leur problème.

Cette raison, c’est qu’elles n’aiment pas perdre.

Quand on n’aime pas perdre, on fait tout pour élaborer des moyens concrets qui permettent de vaincre, ou de ne pas perdre. Ce n’est donc pas dans leur tête qu’ils ont trouvé leurs solutions. Ils les ont réalisé dans leur corps. »

6 thoughts on “Quelle taille faites-vous?

  1. Bonsoir,
    > je pense qu'elles doivent être traduites d'un des nombreux
    > entretiens que Sensei a donné de par le monde

    Il s'agit plus précisément de l'extrait d'un (long) article que Hino Sensei a écrit sur Morihei Uéshiba et l'aïkidō (publié dans Hiden en août 1999).
    Cordialement,
    taro

  2. Bonsoir Taro,
    Merci pour l'info, j'ignorais.
    Et merci pour la visite 🙂
    Stéphane

     

     

  3. Bonjour Stéphane,
    il est vrai qu'on doit essayer de surmonter tout sorte d'obstacles qu'on soit de petit ou de gros gabarit . Aujourd'hui j'essai également de travailler sans force et être moins impulsif mais hélas souvent  par manque de concentration je reviens à mes vieux habitudes.
    Le chemin est encore long mais je me décourage pas.
    Cordialement,
    John

  4. Bonjour John,
    Il n’y a pas de meilleur chemin 🙂
    Bonne chance dans tes recherches…
    Stéphane

  5. Bonjour Steph,
    merci pour les encouragements.
    bonne pratique et à bientôt.

    John

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