Ces derniers mois, la toile s’est fait l’echo de divers points de vue liés à la pratique de l’Aïkido et surtout à l’efficacité relativement perdue de notre art.
Si vous lisez ce blog, vous lisez certainement les articles de Leo Tamaki 🙂 qui a publié plusieurs posts sur le sujet et qui m’ont grandement interpellé.
Ces pamphlets ont été suivis par d’autres articles un peu parallèles rédigés par les fines plumes du Web.
Evidemment, il s’agit là de discussions qui divisent la planète Aikidokienne et dont j’entends parler depuis que je pratique.

Survivre
Est-ce une méthode de combat ou une voie d’épanouissement ou autre chose?
Je rejoins entièrement la vision de Leo sur les origines guerrières de notre art « édulcorées » au fil du temps.
Maintenant, est-ce un signe des temps présents? Nous ne sommes plus dans des périodes de guerre (quoique…) au cours desquelles la survie dépendait des capacités de combat.

Et je pense sincèrement que si un conflit devait survenir, bien peu arriveraient à s’en sortir correctement.
Sans entrer dans le complotisme, il s’agit aussi peut-être d’une volonté politique et économique de fabriquer des personnes trop gentilles aux allures de mouton à coup de jeux vidéo, abrutissement internet, nivellement intellectuel par le bas, manque de condition physique, malbouffe, etc. Restons dans le tunnel 😉
Oui, pour ne parler que des enfants que je cotoie régulièrement, combien d’entre eux pourraient survivre dans l’hostilité ou sans électricité ou sans eau?

Enseigner
En tant qu’enseignant Aikido et aussi pour l’Aïki enfants, je vois au fil des années un grand changement de mentalité s’opérer sans peu de chances de retour en arrière.
Oui, il est clair que les mentalités ont grandement changé depuis les temps héroïques.
Et je rejoins là Leo dans le fait que l’art de combat qui peut être de la plus grande efficacité se retrouve à être pratiqué par des personnes craintives ou faibles.
J’ai eu et ai encore pas mal de personnes comme cela dans mes cours et, heureusement, la plupart développent certaines qualités au fil du temps.
Les enfants timorés ou victimes lors des récrés ou en milieu scolaire n’étant plus des proies pour quelques idiots de prédateurs et quelques adultes se révélent tout autre au contact de l’Aïki, parfois de façon tellement forte que cela peut générer des conflits au sein de la cellule familiale.

Il y a aussi…des personnes ayant pratiqué pendant longtemps des arts durs et qui, à une période de leur vie, ont envie d’aller vers quelque chose de « plus doux » et choisissent l’Aïkido.
Et souvent, ils se retrouvent surpris par l’aspect martial qui en ressort.
J’ai ainsi dans mes cours des anciens judokas, karatekas, pratiquants de Tae Kwon Do, de MMA ou même des rugbymen qui découvrent que l’Aïkido n’est pas si doux que cela.
Je pense que l’enseignant à en charge de perpétrer une certaine tradition martiale sans aller jusqu’à pratiquer du combat de cage, bien sûr.
Maintenant, plusieurs paramètres peuvent influencer les choix d’enseignement du professeur?
Je pense à la formation qui devient de plus en plus stéréotypée, on apprend à organiser un cours selon de beaux schémas théoriques mais nous n’apprenons plus la science du combat, ni l’historique des techniques.
Il faut voir aussi dans quel milieu l’enseignant va intervenir, les cours en milieu aisé seront bien différents des cours organisés dans des des quartiers moins favorisés.
Il faut voir aussi le vécu de l’enseignant, est-il quelqu’un sorti des écoles et d’une pratique « aseptisée » ou au contraire a-t-il déjà été confronté à la réalité du combat?
Bien souvent, certains jouent au Samouraï mais ont rarement une idée du champ de bataille.
La pratique en elle-même devient parfois simplement une gymnastique. Il suffit de regarder certaines vidéos sur Youtube ou l’on voit que l’uke est bien dressé, suivant l’attaque sans trop changer ses gestes et en suivant les gestes en « bon mouton ».

Expérimenter
Je lis souvent sur le net « j’ai été confronté à autant d’attaquants ou j’ai été attaqué X fois meme au couteau ». Au risque de vous décevoir, cela ne m’est quasi jamais arrivé.
Pourtant, une partie de ma vie s’est passée dans des bandes de jeunes peu recommandables et si nous faisions de temps en temps le coup de poing, cela a toujours été à un contre un.
Une autre partie de ma vie m’a fait visiter…des ports (endroits avec des bateaux 🙂 )pendant de longues années un peu partout dans le monde. Et croyez-moi sur parole, ce ne sont pas des endroits vraiment gentillets et pourtant là, aucune altercation.
Et une autre partie m’a emmenée aux confins de conflits en tous genres potentiellement dangereux comme dans de lointains pays du moyen-orient, en Afrique ou encore en ex-Yougoslavie et là encore…toujours pas d’altercation.
J’en déduis que les gens n’ont pas envie de m’attaquer 😉
Ou encore comme je dis souvent, c’est cela l’Aïkido. Une attitude…
Et si nous faisions nôtre la citation de Ghandi : La vraie non-violence passe par le pouvoir de frapper.

A comprendre par là qu’il est plus difficile de se déclarer bienveillant lorsque l’on a les armes pour détruire plutôt que quelqu’un se disant non-violent mais n’ayant aucune experience en la matière.
Et peut-être que cela transparaît-il chez certains?
Nous avons déjà tous vu des personnes insignifiantes au premier abord mais qui « dégagent quelque chose »

L’entraînement « réel »
Faut-il pratiquer des entraînements reels?
Je préférerais plutôt le terme réaliste, maintenant on peut trouver diverses méthodes allant du « Jyu Waza » au « attaque libre, technique libre » mais pour moi cela doit toujours rester dans le cadre de l’Aïkido meme si les inspirations peuvent provenir d’autres disciplines.
Faut-il s’entraîner avec des armes réelles?
Le net étant une source inépuisable d’informations, on peut y trouver de toutes sortes et dernièrement, je suis arrivé à un article de l’excellent Lionel Froidure relatif à un entraînement au couteau réel. Ces quelques lignes faisaient état (avec photos à l’appui) d’une élève qui avait eu le bras bien tranché lors de cette séance.

La coupure en question.
Source : Lionel Froidure

Les commentaires qui en résultaient pouvaient quand même prêter à interpellation dont un que l’on ne pouvait « apprendre cela qu’à partir de 2ème Dan! », euhhhhh…
Le combat réel est, pour moi, une affaire d’instinct, d’entraînement incessant et non de grades.
Les derniers mois, j’ai eu l’occasion de suivre quelques cours autour de cette arme notamment avec Tanguy Le Vourc’h à raison de quelques heures par jour et également avec Leo Tamaki au dernier Shochu Geiko durant tous les soirs du stage en passant par le ressenti les yeux fermés à des « attaques » sans pardon frappant à grande vitesse et dans de multiples angles.
Aussi lors du Kishintaikai durant lequel nous avions utilisé cutters et autres lames de rasoir…
A par cela, pas beaucoup d’expériences à part les attaques stéréotypées de l’Aïkido qui nous conduirait certainement vers un destin funeste, quelques entraînements commandos dans mon jeune temps destinés à éliminer l’ennemi et quelques cours
passionnants autour de la lame avec Nebi Vural, grand spécialiste en la matière.
Mais pour revenir à nos moutons, lors des derniers cours « Tanto », j’ai eu l’occasion de travailler avec des gens « pas très gradés au sens du grade comme on l’entend » mais issus des Forces Spéciales de l’Armée ou de la Police. Et là, toutes nos croyances et petites connaissances s’écroulent car on passe « dans le combat » et non dans la confrontation « entre Dan ».

Etre
Mais l’Aïkido est il un « combat »?
Pour moi, il est beaucoup plus que cela, il s’agit d’une philosophie de vie et dans mon cas particulier, d’une mission (oui, cela peut paraître excessif et pourtant…)
Et souvent, je me pose la question sur ma vision propre de l’art.
Force est de constater que je n’ai pas envie de « fabriquer » des guerriers mais plutôt des personnes bien dans leur peau et agissant en bienveillance, l’art de combattre devenant un moyen d’élévation à plusieurs niveaux.
Bien sûr que l’on peut devenir un expert en self-defense par l’Aïkido en appliquant certains principes que je trouve passionnant mais est-ce bien le but?
Au delà, il y bien plus à accomplir.
J’explique souvent que notre art est comme un curseur avec lequel on peut varier l’intensité, du simple contrôle par le geste ou même par la parole (ce qui est mon idée) à la destruction totale de l’adversaire.
Pour cela, il y divers modes d’enseignement.
Pour ma part, je fais un lien entre tous ce que j’ai la chance de continuer à étudier, le toucher est, à mon idée, semblable à celui du Shiatsu dans la légèreté, le geste aussi lent, sans force et aussi précis qu’un asana de Yoga.
Je ne fais pas vraiment de difference, c’est peut-être ce que Maître Tamura nommait le sabre qui donne la vie Katsujin ken 活人剣 par rapport au sabre qui donne la mort Satsujin ken 殺人剣 ».

 « Etudier un dô, c’est suivre un chemin vers l’homme qui est en nous. Un chemin que chacun peut emprunter et qui a été créé pour pouvoir être suivi par tous. »
« Le Budô est une voie de purification. C’est le misogi haraï. Ce n’est pas une voie de destruction de l’adversaire. C’est une voie qui est au-delà de la victoire et la défaite. »
« La mère qui protège ses enfants est la véritable signification du bu et a le même sens que le aï de l’Aïkidô. C’est le contraire absolu de la recherche de la destruction de l’autre. »
« L’Aïkidô est une voie qui permet de se découvrir soi-même et de se construire en tant qu’être humain afin de vivre une vie pleine et heureuse. »
– Tamura Nobuyoshi Sensei

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