Le stage de Noel pour enfants s’est très bien passé et nous avons maintenant la chance d’avoir un nouveau 2ème Kyu promu parmi nous en la personne de Charles-Antoine. Voilà un élève qui a vraiment connu une belle évolution, du garçon timoré et timide de ses débuts, il s’est transformé en un pratiquant puissant, précis et audacieux, la preuve en est avec le travail libre au Jo dans lequel il a démontré un enchainement contre deux partenaires, il fallait oser et je ne m’y attendais vraiment pas….Bravo à lui ainsi qu’à tous les autres participants tel Walerian ayant démontré une connaissance technique que je ne lui connaissais pas…

J’ai entendu pas mal de discussion au sujet des grades et des passages de ceinture les derniers temps, du tyle « pqoi je ne passe pas? » ou « tu ne présentes pas d’examen? »…Les causes sont multiples, chaque cas est différent.. et puis vous verrez qu’avec le temps, cela prend moins d’importance…
La pratique des arts martiaux se conçoit suivant son art, suivant son cœur et non suivant les yeux de ses voisins. L’essentiel doit résider dans le fait que seule compte la définition de chacun. Sachez que pour ma personne, du moins, il n’y a pas 1, 2, 20, 49 élèves : il y a 1, 2, 20, 49 fois UN élève.
Avant d’aborder une réflexion sur les grades d’usage dans l’Aikido, il serait utile de faire un bref résumé historique de la notion de grades au sein des pratiques martiales japonaises.

A l’époque où les diverses disciplines avaient obligatoirement une raison d’être pratique (applications en situations réelles combatives) il est évident que le pratiquant remplissait son devoir de guerrier soit en gagnant et en restant en vie, soit en sacrifiant sa vie pour gagner, soit en perdant. Les choix n’étaient pas particulièrement grands en ce qui concernait son efficacité combative.
La notion d’un système de grades base sur un évaluation de capacités combatives aurait été, pour ainsi dire, un non-sens. En revanche, chaque école avait besoin d’un système pour reconnaître les capacités d’enseignement du pratiquant en tant que transmetteur des structures techniques, philosophiques, ethiques et autres de l’école. C’est ainsi que fut institué le système Menkyo-Kai den.
Celui-ci, je le répète, n’était absolument pas basé sur l’efficacité personnelle du pratiquant mais constituait, plutôt, un certificat assurant qu’il avait accompli une certaine étude au sein d’une école et qu’il pouvait retransmettre (selon les règlements intérieures propres à chaque école) la partie du curriculum de l’école qu’il avait maîtrisée et qu’il était autorisé à enseigner. Aujourd’hui, la confusion est né du fait qu’un pratiquant, possesseur d’un diplôme d’enseignant de haut niveau de l’école, devait forcément être très efficace sur le plan combatif. Cette distinction est fondamentale si l’on veut comprendre le problème des grades historiques ou actuels.

Dans le système Menkyo, il existait, généralement, 3 à 5 certificats, donc 3 à 5 niveaux d’enseignant. Le premier certificat s’appelait « Oku-Iri » et avait pour but de certifier que l’élève avait accompli son étude des bases et pouvait être considéré comme véritablement membre de l’école. Ceci exigeait une dizaine d’années d’apprentissage (à raison de plus de 3 heures par semaine!) durant laquelle il se familiarisait avec le curriculum de base. Si on devait faire une comparaison avec les grades Dan, on pourrait dire que Oku-Iri correspond au niveau de connaissance d’un 4eme ou 5eme Dan, alors que dans le système classique il est la toute première qualification décernée. En principe, ce certificat comprenait très peu de qualifications à l’enseignement

Venait, ensuite, deux certificats de qualification d’instructeurs : le Sho-Mokuroku et le Go-Mokuroku. Ces deux niveaux correspondaient respectivement à Assistant-Instructeur et Instructeur soit dans le système Dan, aux niveaux se situant entre 5ème et 7èmeDan. Ils devaient être parfaitement familiarisés avec le curriculum technique de l’école, et ils jouaient un rôle important dans la formation des jeunes élèves et dans la vie de l’école.
Le certificat de Menkyo ou Menkyo-Kaiden signifie la maîtrise et son détenteur était pleinement qualifié pour tous les aspects de l’enseignement de l’école. On peut dire qu’il correspond symboliquement au 8em Dan actuel. Je n’en dirai pas plus concernant les qualifications du Menkyo sauf qu’il pouvait, à ce stade et si l’école l’estimait nécessaire, ouvrir son propre dojo ou école. En effet, la maîtrise impliquait une certaine liberté d’action.

Le système KYU-DAN est une invention relativement récente dans les disciplines dites Shin-Budo; il date de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. Nous devons sa popularisation surtout au Judo et au Kendo. Ce système de grades s’inspire d’une philosophie Neo-Confucianiste qu’on appelle Chu-Hsi. Le concept central du Confucianisme Chu-Hsi est base sur la dualité « yukei-mukei », littéralement : « ce qui a la forme et ce qui n’a pas de forme ». On dit, par exemple « Yudansha-Mudansha », c’est à dire : « les pratiquants à grade Dan et les pratiquants n’ayant pas de grade Dan. D’ailleurs nous retrouvons partout dans les disciplines modernes ces concepts dualistes que le pratiquant doit faire transparaître au travers de sa pratique tant sur le plan « mentale » que sur le plan « physique ». Ce mariage « de l’action et de l’inaction » s’appelle « Sei to Do ». On trouve d’autres aspects de ce dualisme dans : « l’engagement et le non-engagement »- « yuken to muken »; « l’essence et la fonction »- « tai to yo » ou dans « l’energie et la raison »- « ki to ri », etc.

Dans les arts martiaux extrême-orientaux, et notamment l’Aïkido, les grades d’apparition récente, ne sont pas une fin en soi. Ils constituent simplement des étapes à franchir dans l’étude du Do. Pour un yushanda (détenteur d’un grade dan) digne de ce nom, arborer tel ou tel nombre de dan ou s’en prévaloir, quelle qu’en soit la raison, ne peut avoir aucun sens dans la mesure où c’est toujours le chemin qu’il reste à parcourir dans la quête martiale qui importe.
Obtenir un grade kyu ou un grade dan, ce n’est pas tant avoir réussi une épreuve technique qu’avoir tout simplement été en mesure d’accéder à un niveau supérieur de pratique, niveau à partir duquel tout reste encore à construire. En effet, tout grade passé avec succès est à confirmer par l’étude sans relâche des principes de l’art martial pratiqué et par la recherche d’un perfectionnement continu. Il n’y a jamais d’arrivée et d’aboutissement mais toujours de nouveaux départs, de nouveaux élans. De ce fait le pratiquant d’un art martial traditionnel, en particulier l’aïkidoka (ou aïkishugyosha), doit sans cesse avoir à l’esprit que le palier qui vient d’être atteint est loin d’être maîtrisé et qu’il lui faudra encore faire ses preuves en avançant dans le nouvel espace de pratique qui s’ouvre devant lui une fois le grade préparé obtenu. L’assiduité aux cours, la participation aux différentes sortes de stages qui lui sont proposés, la recherche incessante du perfectionnement, une réflexion personnelle sur l’Aïkido, la transmission de ses propres connaissances aux pratiquants moins avancés, tout ceci doit concourir à ce que le pratiquant soit et demeure en mesure de progresser sans relâche.

Un grade, quel qu’il soit, n’est jamais « acquis » pour toujours, quand bien même il est décerné une fois pour toutes, et les progrès effectués sur le plan technique comme sur le plan personnel peuvent très bien cesser, le niveau atteint régresser. Si passer des grades successifs correspond bien à monter des marches – c’est d’ailleurs le sens du terme dan : marche ou degré -, il faut bien penser, comme le disait naguère Tamura Sensei, qu’un escalier sert non seulement à atteindre les niveaux supérieurs mais aussi à descendre les niveaux inférieurs : il fonctionne dans les deux sens. Passer des grades successifs, c’est avant tout s’investir dans une pratique martiale qui nécessite de perpétuelles remises en question.
C’est pourquoi il est utile d’être en mesure de se juger soi-même avec objectivité afin d’éviter de tomber dans l’illusion d’un ego surdimensionné, source d’erreurs et d’échecs cuisants. Ainsi toute course aux grades est à proscrire car il faut avant tout se sentir intérieurement prêt à postuler pour un nouveau degré de pratique, ce qui implique que tout ce qu’il y avait à connaître du niveau déjà détenu a été étudié avec sérieux. L’Aïkido est et demeure une école d’humilité (geza no gyo = s’entraîner à l’humilité). Dans cette perspective, tout candidat ayant réussi son examen de grade kyu ou dan se doit en premier lieu d’aller remercier son professeur puis ses sempaï, car ce sont eux qui, par leur aide et leurs conseils, ont bien évidemment contribué à son succès.

C’est en ce sens que, contrairement à ce que pensent bien des débutants (mukyu) dans la pratique, l’obtention de la ceinture noire (niveau shodan) n’est pas un aboutissement mais correspond bel et bien à un véritable commencement (sho) de l’étude de l’art martial et du do. Tout le travail qui précède ce moment ne constitue en effet qu’un nécessaire dégrossissage du corps et de l’esprit en vue d’entreprendre par la suite un polissage (remma) sans fin de soi-même. Celui qui obtient son shodan doit donc se considérer comme un véritable « novice » engagé dans la pratique martiale. Le chemin vers l’expertise, parcouru étape après étape, est donc bien long.
Le Shihan lui-même n’échappe pas à ce principe et c’est pourquoi, le 8è dan obtenu (chiffre de l’accomplissement), il redevient comme un débutant pour qui tout est à reconstruire. Ainsi la boucle est-elle maintenant formée pour un nouveau départ, un nouveau cycle. La ceinture qui avait remplacé la ceinture blanche cède à son tour la place à celle-ci, du moins sur le plan symbolique. La voie vers l’accomplissement est infinie et c’est, à chaque moment de la pratique, que par la transmission du savoir que tout se perpétue, du Shihan aux enseignants ainsi formés et de ceux-ci aux pratiquants de base.

« Quand le maître montre la lune, l’imbécile regarde le doigt du maître » affirme un dicton oriental bien connu. Il ne faut donc pas s’attacher à l’apparence des choses (le grade arboré, la reconnaissance publique recherchée), à ce qui n’est qu’illusoire et vain, mais bien oeuvrer avec coeur (kokoro) en fonction du but qui est montré à travers telle ou telle direction de travail ou d’étude proposée. Ces axes de recherche sont diffusés ensuite à l’occasion des différents stages par les chargés d’enseignement aux enseignants des clubs afin que ces derniers puissent dispenser un enseignement de qualité aux pratiquants de base. C’est avant tout cela, cette structure pyramidale, qui donne du sens à l’Aïkido que nous pratiquons au sein de notre fédération.

Au Japon, l’obtention d’un grade, quelle que ce soit la discipline pratiquée, martiale ou non, est fonction d’un faisceau de critères qui forment un ensemble cohérent. Non seulement les connaissances techniques acquises (le degré d’expertise) sont prises en compte dans la délivrance d’un grade dan, mais aussi ce qui constitue la personnalité même du pratiquant concerné (les fruits de son expérience, ses accomplissements personnels), et enfin tout ce que ce dernier est en mesure de consacrer en retour à sont art (prises d’initiatives et de responsabilités, dévouement…). Il est ainsi possible de se voir décerner un 5è dan de jeu de Go, un 6è dan de Shiatsu, un 4è dan d’Ikebana, etc., au même titre qu’un 6è dans d’Aïkido, qu’un 5è dan de Iaïdo ou qu’un 3è dan de Kyudo.
Quoi qu’il en soit, le grade obtenu ne reflète jamais qu’une part du niveau technique, de la personnalité et de l’engagement de celui qui le détient, tout être humain étant par nature bien trop complexe pour pouvoir être réduit au seul niveau qu’il a atteint à un moment donné de sa pratique personnelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *