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Saluer…

Saluer…

Lorsque quelqu’un pénètre pour la première fois dans un Dojo, il peut être surpris par l’étiquette et les nombreux saluts à effectuer. Ces saluts sont destinés à respecter le lieu et à le différencier de l’ « extérieur », en particulier si l’endroit n’est pas un dojo traditionnel dédié à l’étude martiale (le rêve…) mais utilisé pour d’autres activités (salle de gym, centre sportif, etc.).
Comme souvent répété aux plus débutants ou aux enfants, l’Aïkido n’est pas un sport pareil au football ou autre, et une des grandes différences est justement cette notion de respect qui se perd souvent, par ailleurs, dans d’autres arts martiaux devenus "sports de combat" de par un attrait excessif pour la compétition.

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Le salut à l’entrée du dojo
Ce salut est pratiqué dans tous les dojos. Ce salut exprime le fait que l’on entre dans un lieu privilégié, dans lequel se passe une alchimie subtile au niveau du corps, du cœur, et de l’esprit. Le dojo est plus qu’une simple salle. D’abord on y élimine le stress accumulé pendant la journée, et on y trouve une quiétude, une paix bienfaisante. Mais on y réalise aussi une quête qui nous conduit à la recherche de notre centre, ce qui nous permet de trouver notre équilibre, de nous connaître, de nous accepter tels que nous sommes, et de trouver notre place dans le monde dans lequel nous vivons, en respectant les autres et en étant respectés. On y travaille donc son être en profondeur, et à ce titre, ce lieu mérite tout notre respect. En tout état de cause, dès que l’on franchit la porte un changement dans notre attitude devrait se traduire. La tradition veut aussi que l’on parle à voix basse dans un dojo.

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Le salut en montant sur le tatami
Avant de monter sur le tatami, on retire ses zooris que l’on dispose au bord du tatami, côte à côte, le talon contre le bord du tapis. Je voudrais juste ouvrir une parenthèse pour vous dire que je suis fort peiné de voir que dans de plus en plus de clubs les pratiquants marchent pieds nus en dehors du tatami. C’est une question d’hygiène élémentaire que de porter des zooris en dehors du tatami, et cela fait partie du respect des autres que tout pratiquant d’aïkido doit cultiver. Pour revenir aux saluts, le salut qui est fait en montant sur le tatami est fait dans le même esprit que celui que l’on fait en entrant dans le dojo. On le fait soit debout ou en seiza comme à l’Aïkikaï de Tokyo. Une fois sur le tatami le silence devrait être de mise, ce n’est pas toujours le cas surtout chez les plus jeunes.
 

Le salut au kamiza
Au début du cours le professeur se tourne vers le kamiza, qui normalement est tourné vers l’est, et où se trouve le portrait d’ O’Sensei, et avec les élèves salue le portrait du Maître fondateur. Ce salut est important et doit être bien compris. Regardons d’abord ce que ce salut n’est pas. Ce n’est ni une prosternation devant une idole, ni un salut ayant la moindre connotation religieuse. Ce salut exprime des sentiments simples et universels. C’est un remerciement à celui qui a créé cet art qui nous apporte tant, une ouverture du cœur, pour inviter l’esprit des Maîtres qui nous ont précédés, à descendre sur le tatami pendant le cours. Il permet en particulier au professeur de rester dans l’humilité, de ne pas oublier qu’il n’est là que pour transmettre ce qui lui a été transmis et que lui aussi doit avoir l’attitude mentale de l’élève. D’ailleurs son salut est simultané avec celui de ses élèves.

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Le salut entre professeur et assistants
S’il y a des assistants ceux-ci se placent à la gauche du professeur, sur le côté nord du tatami appelé joseki. Le professeur et les assistants se saluent, le professeur les remerciant de leur aide, et les assistants remerciant le professeur de l’honneur et de la confiance qui leur est faite. Ce rôle d’assistant est un moment important dans la vie d’un élève, car c’est pour la première fois passer de manière officielle de l’autre côté de la barrière, quitter le rôle de ceux qui reçoivent, pour entrer dans le rang de ceux qui donnent. Ce clivage entre donner et recevoir étant toutefois à relativiser, car le fait de donner est profondément lié à celui de recevoir, et tous, depuis la plus petite ceinture blanche jusqu’au professeur, fut-il 10ème dan donnent et reçoivent simultanément.

Le salut entre professeur et élèves
S’il n’est pas nécessaire de s’étendre sur le salut des élèves au professeur qui est aisément compréhensible. En revanche, il ne faut pas oublier ce que le professeur exprime quand il salue les élèves. Le professeur remercie les élèves de leur présence, car ce sont les élèves qui justifient l’existence du professeur. Sans élève un professeur n’est rien. Seul sur le tatami, il serait inutile. Il les remercie de la confiance qui lui est donnée, car, dans l’enseignement traditionnel, l’élève fait le vide en lui pour se laisser imprégner profondément par l’enseignement donné. Il est dans un état d’ouverture et d’abandon qui permet de réaliser cette fusion entre maître et élève qui conduit, au plus haut niveau, à la notion d’enseignement « in shin den shin » (de mon âme à ton âme). La responsabilité du professeur est donc grande au vu de la confiance qui lui est faite. En outre, comme il a été dit plus haut le professeur remercie aussi pour ce que lui-même va recevoir des élèves. Les interrogations, les tâtonnements des élèves, sont autant d’occasions qui sont données au professeur pour améliorer sa pédagogie, sa pratique, et sa manière de transmettre son savoir.

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Le salut entre pratiquants pendant les cours
On salue un partenaire pour l’inviter à travailler, puis à la fin de la technique étudiée. Notons que dans certains dojos (Aïkikaï en particulier) on garde le même partenaire pendant tout le cours, sauf indication contraire donnée par le professeur. Le salut à la fin de la technique est important, car on se projette parfois de manière assez tonique, et il est important de notifier par ce salut que cela est fait dans un esprit chevaleresque et courtois.

Les saluts de fin de cours
On effectue en fin de cours les mêmes saluts qu’au début. C’est un peu pour cela que j’ai instauré, modestement, la « police » du tatami lors des cours juniors, pour rappeler à chacun l’importance du geste, un geste à faire avec le cœur finalement, il ne faudrait pas l’oublier…

 

2 réponses

  1. Emmanuelle dit :

    Bonjour,
    encore un bien joli post!Plein de clarté, de profondeur, bref, on lit avec bonheur!
    Je pense que le salut est inhérent à la pratique. Sans salut, l’esprit de la pratique ne serait pas le même. Je crois aussi que nos actes peuvent influencer notre psychisme, contrairement à ce qui est très répandu en France et plus généralement en Europe. S’habituer à marquer le respect par l’acte de saluer est un bon moyen de faire rentrer dans notre coeur, le respect pour nos partenaires.
    Bisous et bon week end
    Emma

  2. Steph dit :

    Coucou Emma,
    Tu écris vrai, le salut, et à travers lui tout le reishiki, est certainement l’élément le plus important qui permet d’exprimer une multitude de choses passant par le remerciement, le respect, etc.
    Le fait de saluer avec le coeur, au sens « kokoro » du terme, influencera bien sûr notre psychisme.
    Maintenant, je pense qu’en France et en Europe, un grand nombre de gens en sont conscients…
    Bizzz et bon week-end.
    Steph

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